Nous
vivons une crise généralisée, et la tentation est grande, en politique comme en
économie, de proposer des remèdes de cheval. C’est le propre des esprits
autoritaires ou démagogiques de faire appel à l’ordre et à la discipline. Les
Eglises n’échappent pas à cette illusion. Le protestantisme, en particulier,
cultive la liberté d’opinion et d’expression, le pluralisme démocratique et
théologique, la controverse à la loyale, la disputatio, comme on disait au
Moyen Age. Mais il y a un minimum de règles: savoir de quoi on parle, accepter
d’être contredit, ne pas prendre son opinion pour Parole d’Evangile.
Un seul exemple:
l’ouvrage «Turbulences. Les Réformés en crise». Sous couvert de proposer une
nouvelle Réforme, ce livre cite les auteurs à la hussarde et en appelle à un
conservatisme sévère, en doctrine comme en morale. Retour à la discipline,
retour à l’orthodoxie! Les deux pasteurs semblent vouloir exercer un magistère
que ne leur confère pas d’office leur beau ministère. Ils distribuent bons et
mauvais points, sans respect pour le contexte où tel propos a été tenu. On
s’étonne qu’un tel manuscrit n’ait pas été revu et rectifié par un comité de
lecture! Son retentissement n’est pas en soi le gage de qualité scientifique,
et son appel légitime à une nouvelle spiritualité n’excuse pas tout.
Des voix
se font entendre, fort heureusement, pour relever les erreurs de ce livre,
déplorer son esprit chagrin, refuser sa posture réactive. En clair: les Eglises
réformées et tous les chrétiens – la société tout entière, finalement –
méritent mieux que ce moralisme austère et cette théologie autarcique.
L’Evangile me paraît offrir des pistes spirituelles et éthiques plus généreuses
et mieux adaptées, qu’un rétroviseur mal poli et mal placé nous empêcherait de
saisir et de suivre.
Texto de Denis Müller.
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