Alors que
la Grèce traverse la pire crise économique et financière de son histoire
moderne, les exemptions d’impôts dont bénéficie la puissante Eglise grecque
orthodoxe - avec un patrimoine estimé à 3 milliards d’euros - provoquent de
vives controverses. Ces privilèges fiscaux, que peu d’hommes politiques osent
remettre en question, s’expliquent par les liens étroits entretenus entre
l’Eglise et l’Etat qui ne sont pas séparés. L’un des premiers articles de la
Constitution grecque, dont le préambule invoque la Sainte Trinité, reconnaît
l’existence d’une "religion dominante" (epikratousa thriskia), celle
de l’Eglise chrétienne orthodoxe orientale.
"Les
Grecs ont un rapport fusionnel avec l‘Eglise"
La
première Constitution du pays, rédigée en 1822, indique que "Grec est
celui qui croit en Jésus". L’Eglise orthodoxe grecque est nationale et
autocéphale. La religion est l’un des éléments fondateurs de l’identité
grecque. L’Eglise a joué un rôle important lors de la guerre d’indépendance
(1921-1930) et a contribué à la formation de l‘Etat. "Les Grecs ont un
rapport fusionnel avec l‘Eglise qui est trop liée à l’histoire et à la mémoire
collective du pays pour que son rôle politique et ses privilèges fiscaux
puissent être remis en question", analyse l’historienne Meropi Dumont,
enseignante chercheuse à l’Inalco (Institut national des langues et
civilisations orientales).
Influent
dans la vie sociale et politique du pays, le clergé bénit les prestations de serments
de chaque nouveau gouvernement. Ou les élèves, qui apprennent le catéchisme à
l'école, lors des rentrées scolaires. Les salaires des prêtres, considérés
comme des fonctionnaires, sont pris en charge par l’Etat. Si les revenus de
l’Eglise et les biens qu’elle exploite commercialement sont imposables,
l’institution bénéficie de nombreuses exonérations fiscales. Et ne paie pas de
taxe foncière alors que sa fortune foncière et immobilière est estimée à près
de 1 milliard d'euros.
"Pallier
les déficiences de l’État"
L’Eglise
répond aux critiques en invoquant ses activités de charité qui se sont accrues
avec la crise. " Si l’Etat avait géré ses comptes comme l’Eglise, il n’ y
aurait pas eu de crise. Il vaut mieux que cet argent aille à l’aide aux plus démunis
plutôt qu’il ne serve à rembourser la dette", s’insurge Jean Nouri,
catéchèse à la cathédrale orthodoxe Saint Stéphane de Paris. " L’Eglise ,
qui a joué un rôle crucial depuis le début de la crise, pallie réellement les
déficiences de l’État dans le domaine social ", estime Elisabeth
Diamatopoulou, sociologue grecque spécialiste de l’orthodoxie.
Dans les
seules 74 paroisses de l’archevêché d’Athènes, 10 000 repas sont distribués
chaque jour. Plusieurs centaines d’hospices, de maisons de retraite et d’orphelinats
sont gérés par l’Eglise. Qui a, selon un rapport interne, dépensé 96,2 millions
d'euros pour assurer le fonctionnement de son réseau d’œuvre philanthropique en
2010. L’institution n‘a pas pris de position officielle concernant les plans
d’austérité successifs appliqués en Grèce.
Mais
l’Archevêque d’Athènes et de toute la Grèce, a mis en garde les responsables
européens, dans une lettre adressé au président de la commission européenne
José Manuel Barroso en octobre 2011, contre "l’irrespect de la dignité
humaine, et l’absurdité d’un nouveau modèle social qui n’a rien en commun avec
l’histoire de l’Europe". "Sans faire de la politique partisane,
l’Eglise s’oppose à un système de financiers et de technocrates qui prennent
des mesures asphyxiantes pour la population", estime Alexis Chryssostalis,
enseignant à l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris et producteur de
l’émission "Orthodoxie" sur France culture.
Fonte: Le Monde des Religions.
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