Por Laurent
Gagnebin
Le
christianisme est la religion de l'esprit, mais
il n’est
pas pour autant un spiritualisme exsangue. L’adoration « en Esprit » (Jn
4,23-24) que proclame Jésus est inscrite dans un évangile entièrement dominé
par le thème de l’incarnation : « La Parole a été faite chair et elle a habité
parmi nous… » (Jn 1,14). Jésus ne fut pas un ectoplasme et nous ne sommes pas
de purs esprits. On se rappelle ces mots prétendument trouvés dans une liturgie
: « À la fin du culte, le pasteur se tient à la porte du temple et serre la
main des âmes. »
Le christianisme est la religion de l’Esprit,
mais cela ne signifie pas qu’il faille sombrer dans une aliénation religieuse
sacrifiant le corps à l’âme, le présent à la vie éternelle, la terre au ciel.
Quand en 1902 W. Monod publie Sur la terre, un recueil de prédications dans la
ligne d’un christianisme social, cela choque. Un pasteur ne se doit-il pas
d’écrire plutôt un livre intitulé Vers le Ciel ? M. L. King affirmait : « La
religion s’occupe à la fois du Ciel et de la terre […] Toute religion qui fait
profession de s’occuper de l’âme des hommes sans s’occuper des taudis auxquels
ils sont condamnés, des conditions économiques qui les étranglent et des
conditions sociales qui les mutilent est une religion aussi stérile que la
poussière. »
Le christianisme est la religion de l’Esprit,
mais les récits de la multiplication des pains, d’après les évangiles, ne sont
pas une multiplication de paroles divines. À l’heure de l’offrande, nous ne
récoltons pas des versets bibliques, mais, très matériel et concret, de
l’argent. Le christianisme est à bien des égards à la fois un spiritualisme et
un matérialisme. Une part de sa spécificité réside dans le fait qu’il n’est pas
l’un ou l’autre, mais les deux.
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